PlumAj

Plum'Aj #1. Du 18 janvier au 28 février 2014, le festival Pluie d'images a fait pleuvoir les expositions de photographies dans la ville. L'Auberge accueillait celle de J.-P. Hervochon, qui portait sur une colonie flamande, en séjour chez nous à l'été 2013. Ceci nous a inspirés pour notre premier atelier d'écriture, qui s'est déroulé le 12 février 2014...

 

Plum'Aj #1 - Atelier d'écriture du 12 février 2014

Plum'Aj, c'est le nom que nous avons donné à nos ateliers d'écriture aux auberges de jeunesse : « Plum' » parce qu'il s'agit d'écrire, « Aj » pour Auberge de jeunesse. Et maintenant, place à nos écrivants. Voyons si leur ram'Aj se rapportait à leur plum'Aj !

Mot synthèse

Avec l'aimable participation, pour cette première édition, de nos écrivants, de Brest et d'ailleurs : Élodie, Fabrice, Guy, Mickaël, Nicolas et Marie-Agnès.

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 Élodie : Saison  Fabrice : Vacances
 Guy : Découverte  Marie-Agnès : Jeunesse
 Mickaël : Insouciance, légèreté  Nicolas : Divertissement

 

(On retrouvera – ou pas… – ce mot en gras dans les textes, au hasard des consignes.)

Cadavres exquis

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Il n’y avait plus qu’un objet sur Terre pouvant avoir de l’importance pour eux, un ballon s’élevant dans les airs, contemplant la terre tel un oiseau. Tel Livingston qui sommeille en chacun de nous. Nous y étions allés ensemble l’année dernière et l’année d’avant aussi, je m’en souviens très bien, surtout de la voisine ; ne faudrait-il pas plutôt l’appeler, puisqu’elle n’est plus visible, d’un nom moins prétentieux. Moi ? Faquin ! Butor ! Vous eussiez pu me dire que j’étais présomptueux et que ma vanité souffrait bien peu de bornes. Pourtant.

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La colonne d’enfants chemine vers le monde nouveau blouson, comme une nouvelle vie, une nouvelle peau pour se protéger de la pluie : quelle bonne idée ! Idée pour la prochaine fois : repérer précisément le terrain au lieu de penser aux garçons. C’est toujours la même chose, si tu n’es pas un garçon, tu ne peux pas comprendre. Mais comprendre quoi, par qui, pourquoi ? Bof ! La « bofitude », une attitude choisie ou tout simplement l’expression d’un manque d’enthousiasme ? Chez lui, je crois qu’il s’agit plutôt d’un manque d’enthousiasme. Peut-être n’a-t-il pas trouvé sa voie ? Un chemin tout tracé, une fatalité inéluctable, comme si l’on ne pouvait pas défier le destin.

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Il pourra me faire les pieds, après ? Après tout, pourquoi ôter le bandeau, on n’a déjà plus besoin de voir au loin l’horizon, me gorger de ses promesses folles, étreindre ce moment fou, m’envoler, rêver, aimer, créer, pouvoir et puis retomber. Retomber dans une telle aventure ? Une mésaventure, plutôt. Je préfère, c’est certain, la quiétude des auberges d’antan, il jouait avec sa famille désormais partie et garde pour lui les joies que procurent ces souvenirs. Souvenirs sucrés de mes après-midi à la plage.

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Le joyeux apprentissage de ce qui vous attend : restez en contact, on ne vous verra plus. Plus tard, plus tôt, comment savoir comment les choses vous tourner ? - Mais qu’avait-elle donc de plus que moi pour tourner la tête à ce garçon ? apostropha-t-il le serveur, son verre vide après sa journée afin qu’il lui soit rempli. Rempli d’images, d’objets et de souvenirs ou morceaux de mémoires comme des mensonges qui rongent le présent jusqu’au sang du soir.

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Cette histoire me barbouille, je te vois virer au schtroumpf. Badaboum ! Schtroumpf maladroit avait une fois plus chu en sautant de sa chaise, il était possible d’admirer l’horizon, le soleil semblant s’enfoncer dans l’océan. Océan immense et sombre envie de découper en morceaux tout ce qui va me passer sous la main en commençant par ce saussisson – avec deux « s » au lieu d’un « c » pour que ça dure un peu plus au milieu, parce que c’est tellement bon, surtout quand c’est bien sec.

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Une chute évitée de justesse s’acquiert par l’attention, la répétition et l’expérience, tu parles : je te dis d’ici que là-bas, c’est pire et toi tu me parles d’expérience en palabrant au-dessus des aiguilles de pin, on oublie les mille petites douleurs plantaires. – Bah, c’est une voûte comme un autre, me dit-elle avec philosophie. – Deux ! corrigé-je, c’est un pluriel ! – Ah oui, me répondit-elle, perplexe. Là, ça devient plus compliqué. Vous allez en faire quoi ? Fichtre ! Elle m’ennuie avec ces questions qui n’ont ni queue ni tête.

Jeu des portraits

Couple1

Elle : – … – Ça va ? – C’est bien aimable à vous, monsieur, de m’aider. Je vois que vous avez mis votre gilet jaune fluo. – Quoi ? – Pourriez-vous mettre en place le triangle à 50 m du véhicule, s’il vous plaît ? J’en ai un dans mon coffre si vous voulez. – Hein ? – Vous savez si les secours arrivent bientôt ? J’ai assez mal. – T’es débile, ou quoi ? – À vingt-trois ? Il est quoi, là – et quart ? – Mais arrête, c’est chiant ! Et puis arrête avec tes « vous » et tes « monsieur », on a onze ans ! On dirait une vieille. – Excuse-moi, c’est le choc. La moitié du visage arraché, ça bouleverse un peu. – Compte pas sur moi pour rentrer dans ton jeu, Cynthia. J’ai pas le temps de toute façon, je dois aller faire du cata avec Michel. – Le divertissement ! Plaie de l’époque ! Te rends-tu compte qu’on te détourne de tragédies qui ont lieu chaque jour à ton insu ? – T’es chiante à jouer aux adultes, aide-moi plutôt à mettre le truc de mon gilet de sauvetage, dans mon dos, là. – C’est toi qui joues aux adultes, Romain. Et quand tu auras oublié que c’était un jeu, tu seras un adulte.

Couple2

Après une journée de vacances comme les autres, Arthur (A) et Jean-Charles (JC) se retrouvent à l’auberge. Arthur : – Qu’est-ce qui t’est arrivé ? À revenir couvert de peinture ? – Ah, ça ? Ce n’est pas grand-chose, un atelier créatif… qui s’est terminé en bataille générale de peinture. – Je vois que vous vous éclatez bien. C’est dommage que l’on doive repartir demain. – Oui, mais bon, faut pas oublier que l’on est à Brest. C’est peut-être sympa car on est en vacances mais c’est pas là que j’aimerais rester. – C’est clair, bien que tu pourrais attendre un peu qu’il se mette à pleuvoir. Ça t’évitera d’avoir à laver cette peinture toi-même.

Couple3

– Voilà ce que ça m’inspire. Un océan de tristesse. – Ça se voit sur ton visage. Pourtant il ne reste pas que ce sentiment. Pense à tout ce que tu rapportes de bon. – Des poignées de sable, du vent, rien d’autre que des cris d’enfants qui s’arrêteront dès la dernière porte fermée. – Des chutes mémorables dans l’eau glacée, des histoires de pirates invraisemblables et de veillées chantées autour du feu. – Du feu ? Quel feu ? On n’a pas suivi le même séjour je crois. – Je te parle seulement du rêve. La saison se termine et ce sera la dernière ici… Vivement les nouveaux châteaux à visiter et les barques à faire chavirer. Si je te mets un peu de vert et de rose dans les cheveux, tu te mettras à sourire. – N’y pense même pas.

Couple4

Mathias : – Salut Angela. Tu es déjà levée ? – Hello, Mathias. J’ai un de ces maux de tête… Je crois bien que j’ai fait preuve d’insouciance et de légèreté hier. – De l’insouciance et de la légèreté ? Angela, tu as vraiment un goût prononcé pour la litote, après celui que tu portes à la bière, bien sûr. – Tu ne serais pas un peu moraliste ? C’est la fin de la saison, les jours raccourcissent. Bientôt la déprime. Quoi ! Il faut bien se remonter le moral. On a passé un super été. Et Brest ! Quelle découverte !! Profitons de notre jeunesse. Sachons trouver un divertissement en toute chose, à tout moment, et célébrons dignement la fin des vacances avec une bonne Hoegaarden de chez nous.

Couple5

Lui : – Je suppose qu’il faut que je te remercie ? – Pourquoi, ça te pose un problème ? – Je ne t’avais rien demandé ! – Il est gonflé, celui-là ! C’est quand même toi qui faisais des grands feux sur la plage pour attirer l’attention des bateaux ! – Pas du tout. Je me préparais un grand méchoui. – C’est ça ! Et le grand SOS écrit avec ces pierres, là, visible depuis le ciel, pour qu’un avion puisse te repérer ? – Le hasard. – Le hasard ?! – Oui. Ou un tremblement de terre. Ou peut-être la tectonique des plaques. – Mais n’importe quoi ! – Comment ça n’importe quoi ? Tu crois que c’est moi qui l’ai fait ? – Et comment que je le crois ! – Et pourquoi faire ? – Ben pour qu’on puisse venir te sauver, pardi ! – Mais me sauver de quoi ? – Mais de cette île où tu es prisonnier depuis que ton bateau s’est échoué. – Mais je n’ai pas de bateau ! Et d’abord il ne s’est pas échoué. De toute façon, moi, je suis né ici. Je ne suis pas venu en bateau. – Tu es né ici ? – Parfaitement. – Et tes parents, ils y sont arrivés comment ? – Je n’ai pas de parents. Je suis né d’une noix de coco et d’un phacochère. – Pardon ? – Ça te pose un problème ? – Non, ça me pose question. C’est pas les sauveteurs qu’il te fallait, c’est l’hôpital Sainte-Anne ! – Bon. C’est nul ton truc, on recommence ? – OK, mais cette fois, c’est moi le naufragé.

Couple6

– Je te regarde et tu me ressembles. – Je me dis exactement la même chose. – Comme c’est étrange. – En plus, il me semble que je te vois à l’envers ! – Oui c’est ça et cela te fait rire ? – Ben, c'est-à-dire, c’est comme si je devenais folle ! – Allez, essayons de prendre ça avec légèreté. – Là c’est sûr, on ne rigole plus… – Mais où est passée notre insouciance ?

Naïf naturaliste

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Imaginez un genre de décor parfait : ciel bleu parfait, herbe jaune mais un peu verte quand même, pignons de maisons en pierre avec cheminées sans fenêtres. Entre l’herbe et le ciel, une bande de bleu qui tranche avec l’azur pâle de l’horizon, comme un rappel de l’azur au plus vertical. Un rappel parfait. Et là, tout près, ce petit ruban blanc comme accroché sur la branche, non plutôt là-bas traversant furtivement le rideau bleu avec éclats et bientôt avec fracas. Et puis il y en a d’autres qui apparaissent pour disparaître aussitôt. Et pendant que les rubans dansent, le ciel et la mer se mélangent.

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Le type a commencé une sorte de prière étrange. Il semble creuser le sol devant lui avec un bâton de cire rouge. Une prêtresse blonde se tient prosternée devant lui, comme si elle implorait le ciel. Trois personnes observent la scène d’un air dubitatif, et l’une pleure. La position du prêtre est dite « de la poule au ver » et je n’attends rien de bon de ce qu’il va extraire du sol. Je note que les ongles de la prêtresse blonde saignent. Peut-être que la pleureuse est sa sœur et qu’il s’agit des prémices d’un sacrifice humain ? Hum ! Je ne sais pas. Ils sont curieux mais je ne pense pas qu’ils soient dangereux. Tu sais, les scientifiques sont tout aussi farfelus que les druides ou les grands prêtres de sectes. Je me demande si ces jeunes gens ne sont pas plutôt des entomologistes. Celui qui se prosterne, vois-tu, il me semble qu’il titille un insecte vivant dans le sol. Je ne serais pas étonné qu’ils soient à la recherche de grillons. Je crois que par ici existe une espèce assez rare, le grillon de Quimper.

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Une jeune fille arrivant au milieu d’une campagne où campaient des adolescents. Tout d’un coup, une se mit à crier : « Ahh ! Mon idole ! » et un groupe vient se rassembler autour de la demoiselle. Deux garçons viennent jusqu’à s’approcher, carnet à la main, lui demandant un autographe. La « star découverte » regarda le groupe, blasée et quelque peu énervée en disant : – Ne puis-je pas passer des vacances normales ? – Si, tu peux, mais d’abord tu signes l’autographe ! Découragée, elle s’avance vers le garçon. – Ton nom ? – Damien. Elle saisit le carnet, le crayon et griffonne quelques mots sans plus rien prononcer. Elle tend l’ensemble en regardant à peine le garçon. – Qu’est-ce qu’elle t’a écrit ? – Elle a signé en mettant : « Pour Damien ». – Pourquoi tu lui as dit Damien, ce n’est pas ton prénom ? – Elle ne méritait pas de le connaître.

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L’oiseau déplumé accélère sa course sur l’eau pour tenter de prendre son envol. Mais alourdi par son œuf rose tacheté, il n’y parvient pas. Ses congénères se moquent de lui tout en essayant de lui voler son bien. Au loin, le ciel de bateaux se couche sur les oiseaux. Un ciel de bateaux – bizarre ? Pas si on se remet sur les pieds. De toute façon, le sang montant à la tête, ça commençait à se flouter un peu. Il reste tout de même quelques incohérences. Presque rien. Par exemple, un œuf rose tacheté, c’est pas très beau : pourquoi vouloir le voler ? En même temps, c’est des oiseaux – d’autres critères de goût, peut-être. Et puis est-ce le poids de l’œuf qui empêche de voler, ou bien plutôt l’absence de plumes ? J’ai vu un type une fois sauter d’un balcon. À l’arrivée, il avait un bel œuf sur le crâne, au moins aussi rose et tacheté que celui de notre oiseau. Il n’avait pas de plumes, je suis formel.

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Chaque fois qu’elles se retrouvent, les femelles tachivors s’enduisent d’une gélatine odorante en guise de salut. Les sécrétions peuvent avoir pour origine différents coraux selon l’âge et la morphologie de l’individu. Les teintes expriment quant à elles l’état d’esprit du moment : le bleu pour la joie, la marron pour la surprise, etc. Ce rituel particulier est notamment répandu chez les jeunes et la période estivale est propice à la découverte de nouveaux coloris dans la nature. La période des vacances laisse libre cours à l’imagination fertile des tachivors qui peuvent ainsi représenter leurs nouvelles émotions apprises lors de ces séjours grâce à ces teintures puis les font partager à leurs homologues qui n’ont pas eu la chance de les découvrir.

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C’est étrange. Nous sommes dans une forêt et sont rassemblées des jeunes filles. C’est étrange. Elles sont habillées légèrement alors que nous étés sont toujours un peu frais. Peut-être viennent-elles d’un pays nordique. Cela ne m’étonnerait pas. Je remarque qu’elles sont toutes blondes. Mais que peuvent-elles bien faire dans une forêt ? Étonnant tout de même, elles portent toutes un foulard bleu sur les yeux et elles se tiennent toutes par la main. Il me semble que c’est une farandole païenne qui les entraîne au cœur de la forêt. Le savent-elles seulement, mais elles sont destinées à être livrées au minotaure. Sous couvert de jeux, dans les rires et les chants, on les mène au monstre qui les dévorera. La forêt, progressivement, se referme sur elles, les rires se sont tus, le froid se fait glaçant. Le sol murmure sous les pas des vierges à peine nubiles. Je pleure ces visages qui ne connaîtront pas les rides. La bête les a prises dans son antre fatal, j’entends craquer les os et gémir les victimes. Le monstre est repu, la forêt se referme. Au sol traîne un foulard bleu.


Exposition Pluie dimages 2014

Dans le cadre de l'édition 2014 du festival Pluie d'images, l'Auberge de jeunesse de Brest a accueilli l'exposition de photographies de Jean-Pierre Hervochon.

Pour ce photographe amateur, c'était la première exposition officielle. Le thème de l'année, l'adolescence, l'avait tout naturellement conduit à l'Auberge, où il avait pu suivre une colonie flamande (avec l'accord de ses responsables) durant son séjour à l'Auberge de jeunesse, durant l'été 2013.

Dans ses photos, prises à l'Auberge de jeunesse de Brest, sur la plage du Moulin-Blanc, ou sur l'île de Batz, près de l'Auberge de jeunesse marine, l'insouciance est de mise.

Jean-Pierre Hervochon définit ainsi son exposition, qui a regroupé 41 des 1500 photos prises pour l'occasion :

« Tels des oiseaux de passage descendus du Nord, ils revenaient chaque été marcher, courir, chanter, crier autour de ma maison.

Je leur dédie ces images, à leur exubérance, à leur sérieux, à leur langue pour moi incompréhensible, qui m’a tenu à une nécessaire distance et dont émergeaient des « Bonjour ! », comme autant de mains tendues vers un bain de jouvence dont je suis sorti tout surpris après leur envol.

Groupes d’adolescents au sein desquels on se fond, s’affirme, s’affronte, s’amuse, s’expose, s’interroge, rêve… à ce qui succède aux vacances ?, à ce qui succède à l’enfance ?...

Mon ambition, dans le choix entre mes très nombreux clichés, a été de tenter d’éviter l’album de vacances pour rejoindre le thème du Festival, « Adolescence », et essayer de passer du singulier au général. Ce sera au public de juger si j’ai tant soit peu atteint mon but. »